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Atelier Mistral
Côte à Côte PDF Print E-mail
Written by jean-louis bouzou   
Tuesday, 09 February 2010 21:03

Quand Fench en avait un peu assez de squatter son canapé, il lui arrivait parfois d’aller se ressourcer sur la plage… En hiver et durant la semaine, le lieu était quasiment désert… et les rares personnes qui s’y promenaient alors, se croisaient en se saluant… comme s’ils se connaissaient de longue date…

 

Ce jour-là, l’air marin ramenait sa pensée sur une autre côte qu’il avait bien connue lors d’une vie antérieure… une côte plus graniteuse… ou l’Océan et le vent ne cessent de s’affronter… En lui aussi, à cette époque-là, un autre combat avait fait rage… entre fierté et espoir… Un espoir qui voulait vivre… Une fierté qui avait décidé de le protéger, lui, jusqu’au bout…

À terme, l’espoir avait triomphé… sa fierté, qui jusqu’alors avait gagné tant de batailles, s’était inclinée et repliée…

Dieu sait combien cela lui avait coûté d’écrire cette lettre…. Refaire un pas vers elle, après tous ces mois passés… Mais qu’aurait-il bien pu faire d’autre ?... Il avait cru en s’exilant ici, près de l’Océan… laisser tout cela derrière lui… mais force était de constater que les problèmes l’avaient suivi… et que cette volonté de recommencer tout à zéro… dans un endroit neuf… avec un travail neuf… avait échoué…

Il n’était pas l’homme vierge, la page blanche qu’il eût souhaité redevenir…

 

Fench ramassa une petite pierre plate qu’il lança aussitôt… un !… deux !… trois ricochets !… Il sourit… puis continua de marcher… se baissant quelquefois pour ramasser des bois flottés, algues sèches ou galets de couleur …

 

Il avait eu de ses nouvelles par l’un de ses amis… Elle avait adressé ses vœux de Nouvel An à son ancienne entreprise… et s’était un peu étendu sur elle…

Il savait à présent où elle travaillait… et voyait là, le signe… l’occasion de changer sa vie… de sortir de cette prison où il était à la fois, prisonnier et geôlier…

 

Vent, vagues et mouettes jouaient une chanson qu’il appréciait tout particulièrement… il s’arrêta un moment… réservant un endroit du sable où il s’abstint de marcher… compléta ici et là, sa collection de bois et galets… et commença à les assembler… pour dessiner au final, un masque africain terrifiant…

 

En écrivant la lettre, il souriait… Connaissant sa curiosité de petite chatte, il pouvait parfaitement l’imaginer… regardant intriguée le cachet de la poste… puis, retournant l’enveloppe pour en connaître l’expéditeur… Il avait eu envie de ne pas mettre son nom au dos… histoire de faire durer un peu plus le suspense… mais s’était repris, au dernier moment… sachant que son excitation serait bien plus grande en découvrant son nom… Il la voyait déjà en train de déchirer sauvagement l’enveloppe… et quand elle y trouverait la carte représentant « La pie » de Monet… il savait qu’elle se remémorerait un moment d’intimité, qu’il avaient tous deux vécus dans la salle de repos…

Quant au contenu… il ne s’était pas foulé… se contentant juste de lui adresser ses veux pour cette nouvelle année… en lui souhaitant que cette dernière lui apportât tout ce qu’elle désirait…

 

En faisant attention de placer ses pieds hors champ,  il prit la photo du masque… puis en changeant certains galets de place… en ajoutant et en enlevant d’autres, il créa rapidement une autre œuvre… une autre expression…

Bien sûr, les photos des ces œuvres éphémères lui procuraient un certain bonheur… mais la plus grande part du plaisir était dans le moment présent… dans le processus de création…

 

Quand il ouvrit sa boîte aux lettres, et trouva sa lettre, il sauta de joie en faisant, à la Arsène Lupin, quelques entrechats… histoire de manifester silencieusement, la grande joie qui l’habitait alors… puis longuement, il tourna et retourna la lettre en ses mains… Non ! Il ne l’ouvrirait pas là, dans le hall de l’immeuble… Ce n’était pas une facture… ce moment devait se dégustait… cette lettre méritait une certaine intimité…

En peignoir, après avoir pris une longue douche… et longuement erré dans l’appartement… il prit la lettre et s’installa dans l’un des fauteuils clubs… et là, lentement, ouvrit l’enveloppe… pour en extirper une feuille de bloc-notes… ce qui le fit sourire…

Il avait en tout point réussi son coup… À chaque phrase, il pouvait sentir sa curiosité…  mais il vit une fois encore… combien elle était intelligente et savait se contrôler… Elle ne s’était pas découverte d’un pouce… et bien au contraire, lui renvoyait la patate chaude…

 

Et comment as-tu eu de mes nouvelles ?

J’ai été vraiment surprise de ta carte (très belle d’ailleurs) et à mon tour je te souhaite plein de bonnes choses pour cette année.

Qu’est-ce que tu fais en Bretagne ? Qui t’as dit que je travaillais, ici ?

Vu ta carte, tu n’as pas perdu ton goût pour la peinture.

 

Bon, je ne m’étendrai pas davantage sur moi, d’abord j’attends de tes nouvelles plus détaillées, ma curiosité ne supportera pas tant de suspense.

 

Allez, grosses bises et écris-moi vite.

 

P.S. : J’étais pressée de te répondre alors je n’ai pas été chercher une carte correcte, j’ai honte, ne fais pas attention au papier, je ferai mieux la prochaine fois.

 

 

Lorsqu’il en eut assez de dessiner sur le sable, il reprit le cours de sa promenade sur la plage… en se demandant qui détruirait cette fois-ci, ce qu’il avait fait là… des vagues plus agressives que les autres… ou bien des promeneurs… comme la plupart du temps… Il ne comprenait pas quelle pouvait être leur motivation… La jalousie ?... Le plaisir de détruire... comme pour signifier par ce geste : « Je suis plus puissant que toi » ?…

 

Fench n’aimait pas se raconter… et n’avait surtout pas envie de lui dire… combien son départ l’avait laissé exsangue… combien elle lui avait manqué… et ce, par fierté… mais aussi par le fait qu’il ne souhaitait pas qu’elle découvre… tout l’ascendant qu’elle possédait sur lui… Jamais il n’avait affronté aussi redoutable adversaire…

Pour ne plus penser à elle, il avait fait au départ comme tant d’autres… en s’investissant plus que de raison dans son travail … Cela avait marché un temps… Il avait aussi pris en charge un camarade déprimé par son divorce… et en l’aidant à oublier… avait espéré, lui aussi, pouvoir l’oublier, elle…

Mais cela avait été peine perdue… elle était comme toute douleur lancinante… on la croit partie… elle revient inopportunément… encore plus violente qu’avant…

C’était ainsi qu’il en était venu à fuir … pour s’en aller vivre, une nouvelle vie…

Aussi, sur sa lettre lui écrivit-il, tout simplement… que las du manque de structure de la boîte et de la compétence de sa hiérarchie… il avait eu envie d’aller voir si l’herbe était un peu plus verte, ailleurs… et qu’aimant la peinture de Gauguin, la Bretagne avait retenu toute son attention… À partir de là, il avait envoyé quelques CV et trouvé assez rapidement, un poste… En mentionnant cela, il ne mentait pas tout à fait, non plus !

Dans les paragraphes qui suivaient, il lui faisait découvrir le pays… ses promenades quotidiennes sur le littoral, le soir après le travail… ses visites touristiques à Pont-Aven, Vannes, Carnac et autres…. pour enfin, terminer sur ce qui avait le plus piqué sa curiosité - à savoir la façon dont il s’était procuré ses coordonnées...

À aucun moment, il n’avait abordé leur passé… ni ses sentiments… C’était une simple lettre amicale…

 

En marchant, il aimait à imaginer la vie des gens qu’il croisait… La fille d’une trentaine d’années, qui, les pieds plantés dans le sable, regardait à l’horizon… lui semblait être venue ici pour chercher une réponse à sa solitude… Là, elle écoutait les conseils du vent et de la mer…

Une femme et un enfant lui faisaient imaginer une récente séparation… et une volonté de reconstruire une nouvelle intimité à deux…

Pour les jeunes couples qui se tenaient la main, il n’y avait pas vraiment d’effort d’imagination à faire…

Mais ce qui touchait le plus Fench, c’était plutôt les vieux couples qui faisaient de même… Il en était profondément admiratif…

 

Avec l’envoi de cette lettre, il avait cessé d’être spectateur de sa vie pour en devenir acteur…

Il espérait qu’après avoir renoué ce contact épistolaire… ses mots - qu’il savait être ses meilleurs ambassadeurs - lui permettraient d’entrer à nouveau dans sa vie… Il eût aimé – ne serait-ce que le temps d’un week-end – la recevoir chez lui… lui faire découvrir et partager son nouveau monde… Leurs discussions à propos de tout et de rien, lui manquaient terriblement… et là, de visu… il aurait trouvé le moment opportun, pour se découvrir… et lui dire ce qu’il n’avait pu lui écrire…

Et si malheureusement, elle n’avait pu venir… alors malgré sa nature de sauvage… il avait envisagé de la rejoindre… Quelque part, d’ailleurs… Il s’attendait  un peu à cette éventualité…

 

Bien avant de la voir, il l’avait entendue… assise devant le portillon bleu ciel de l’une des maisons du littoral, elle se donnait la sérénade… Fench trouvait qu’elle jouait plutôt bien et avait une jolie voix…

À cet instant-là, elle chantait « Killing me softly » de Roberta Flack…

Comme il avait remarqué que lorsque les gens passaient, elle cessait de chanter… pour seulement jouer l’accompagnement… afin de ne pas l’importuner… il s’était arrêté, s’asseyant lui aussi devant le portail de l’une des villas voisines… tout en faisait semblant de contempler la mer…

 

Il était si impatient de recevoir une nouvelle réponse… qu’au travail, il ne restait plus déjeuner…  rentrant tous les jours à midi chez lui pour consulter sa boîte aux lettres…

Quinze jours passèrent… sans que rien n’arrivât…

Longtemps, ce silence le rongea… il était empli d’interrogations : « La Poste a-t-elle bien livré ma lettre ?... Un de ses proches ne l’aurait-il pas subtilisé ?... A-t-elle décidé de ne pas me répondre ?... La Poste a-t-elle égaré sa réponse ? »…

Par deux fois… il avait appelé sa boîte au téléphone… afin de la contacter…. sans succès… « Lui avaient-ils dit qu’il l’avait appelée ?... Avait-elle décidé de ne plus donner suite ?... Et si oui,  pourquoi ? »…

Malgré sa souffrance, Fench ne souhaitait pas aller plus loin … et l’histoire s’acheva donc ici …sur un gros point d’interrogation… qui l’empoisonna et l’emprisonna durant nombre d’années…

 

Elle avait dû remarquer sa présence, car elle avait cessé de chanter… Elle se contentait de jouer du blues… improvisant de jolis phrasés… Fench reconnut certains turnaround de Gary Moore et de BB King…

De temps en temps, il l’observait discrètement… se disant qu’elle était belle… et que le vent devait certainement beaucoup l’aimer pour la peigner aussi sensuellement…

 

De toute cette histoire, aujourd’hui, il ne restait rien… Depuis longtemps, il avait cessé d’entretenir le doute et l’espoir… et le temps, ami invisible corrosif… avait fait le reste… Ne survivaient de tout cela à présent, qu’une nouvelle… quelques mots griffonnés par ci par là…

Ceci dit, quelques années plus tôt, à un moment donné, il avait eu un étrange pressentiment… une impression que « le hasard » allait curieusement intervenir… Du coup, il avait commencé à écrire, à ce propos, plus d’une trentaine de pages…

Mais celui qui écrivait l’histoire dont il était le héros, en avait décidé tout autrement…

 

Fench regarda sa montre et aussitôt se releva … Dix-sept heures… il était temps de rentrer…

 

jean-louis bouzou

Last Updated on Tuesday, 09 February 2010 21:54
 
Furry Buddy PDF Print E-mail
Written by jean-louis bouzou   
Friday, 29 January 2010 21:16

Another shot of my "outside" cat called "Fouillasse" (means "Too Curious")...

Furry Buddy

 
Stormy Morning PDF Print E-mail
Written by jean-louis bouzou   
Friday, 29 January 2010 18:42

Stormy morning
faster than cars
- dry leaves.

jean-louis bouzou 

Last Updated on Friday, 29 January 2010 19:48
 
African Mask Mousepad PDF Print E-mail
Written by jean-louis bouzou   
Thursday, 28 January 2010 21:37

African Mask Mousepad

Last Updated on Friday, 29 January 2010 09:03
 
Combien de lunes ? PDF Print E-mail
Written by Nicole Sénécal   
Tuesday, 02 February 2010 20:36
Combien de lunes encore jusqu’à toi ? Combien de lunes encore jusqu’à moi ? Combien d’étoiles à filer notre destin dans la nuit la plus parfaite ? Combien d’aurores pousseront nos cœurs à célébrer la vie ? Combien de fleurs germeront et s’épanouiront devant nos âmes exaltées ? Qui j’aime en toi? Si ce n’est que moi retrouvée ? 19 janvier 2009 Il n’y a pas d’âge pour l’Amour mais je sais que les enfants aiment de tout leur cœur… Et que leur âme limpide exhale un parfum pur. Que les adolescents ont le cœur si léger qu’il risque à tout moment de s’envoler… Là, où le monde meilleur se terre… C’est souvent, pourquoi, ils s’enchaînent à l’autre, main dans la main. Il n’y a pas d’âge pour l’Amour mais que reste-t-il aux aînés ? Si ce n’est le livre de la sagesse à feuilleter ou écrire avec des yeux toujours plus atrophiés par le temps mais que seuls, encore, les souvenirs caressent...
Nicole Sénécal
Last Updated on Tuesday, 09 February 2010 18:15
 
Please, Awake Me When Lunch Is Ready PDF Print E-mail
Written by jean-louis bouzou   
Friday, 29 January 2010 21:11

Furry Buddy

 

Love this Kitty, She's really a good friend...

 
African Mask Mousepad PDF Print E-mail
Written by jean-louis bouzou   
Friday, 29 January 2010 08:41
LAfrilcaln LMalsk Mlousepad
Last Updated on Friday, 29 January 2010 09:03
 
First Audio File Sale PDF Print E-mail
Written by jean-louis bouzou   
Wednesday, 27 January 2010 18:55

Sold my first audio file on AudioJungle : Play
Never thought it could be this one. Smile

Last Updated on Wednesday, 27 January 2010 19:01
 
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